Une émigration familiale

Hiver 1827-1828. Qui prit la décision de quitter Romagny et la France ? Est-ce Jacques Heidet, alors âgé de 31 ans ? Il a perdu deux ans auparavant son fils nouveau né auquel il avait donnée son prénom, puis sa femme, Marie Heidet, décédée l’hiver précédent. Peut-être sa fille Madeleine née en 1823 était-elle déjà décédée et oubliée par l’état-civil ... Toujours est-il qu’il est seul et il pense de plus en plus que son avenir ne se joue plus ici.
Est-ce lui qui suggéra l’émigration ? Peut-être a-t-il rencontré sur un de ces marchés locaux un bonimenteur vantant la qualité des terres de la lointaine Amérique ; lui ou un autre de Romagny a envie de tenter l’aventure. Toujours est-il que la famille de François Moulin et de sa femme Jeanne Marie Heidet et celle de sa sœur Marianne Moulin, épouse de Joseph Étienne préparent leur départ.
Jacques Heidet, François et Marianne Moulin ainsi que Jeanne Marie Heidet sont cousins germains, et sont issus de familles pauvres du village.
Aucune demande de passeports n’a été demandée par ces personnages. Peut-être l’ont-ils fait à leur arrivée en Amérique ?

Au début du printemps, tout le monde est sur sur le point du départ. On a effectuée une dernière visite aux parents et aux amis et on a promis, c’est juré ! de donner des nouvelles. Le petit dernier « de la tribu » est Pierre François Étienne, né après les fêtes de Noël. À la foire de Belfort, l’un d’entre eux a rencontré un habitant de Montbouton, Jacques Bohin qui part avec sa femme, Marie Françoise Comtesse, également aux États Unis rejoindre la famille de son beau-frère. On a décidé de partir ensemble et les billets sont prêts. La route est longue pour rejoindre le port d’embarquement au Havre. Une partie du trajet s’effectuera en voiture, puis sur des chalands en descendant la Seine. En ce début de printemps le voyage est agréable même s’il fait encore frais.
L’embarquement aura lieu en début du mois d’avril 1828. Le voyage, relativement agréable même si les familles les plus pauvres sont entassées ensemble, sans cabines indépendantes. Malgré le temps encore frais, on va se délasser sur le pont, mais les distractions sont rares ! L’arrivée se fit le 17 mai 1828 dans le port de New York.